Parfois, il suffit d'un détail, quelque chose de pas grand chose mais qui change tout. Le week-end dernier, je ne devais pas avoir les enfants, leur père avait négocié en mai, pied à pied, à l'heure près, ses jours de garde. J'avais lâché sur le retour après le repas du soir, au lieu de 18h, sur le jour supplémentaire pour raison familiale. Conciliante, ce que je suis d'ordinaire. Surtout quand je suis comme avec lui, rongée par la culpabilité, renforcée par son air de cocker malheureux. J'avais aussi renoncé à réclamer la pension alimentaire, j'avais repoussé la proposition de l'avocate qui parlait de retenue sur salaire. J'avais pitié de lui. 

L'été a commencé, et les enfants sont allés chez lui, une semaine sur deux, la miss ne voulait pas y mettre les pieds, pleurs à chaque fois. A chaque fois, qu'il y avait une soirée dans le village, c'était à moi d'aller les chercher chez lui, il ne voulait pas s'en charger. Les enfants ont passé les vacances enfermés chez lui, pas de piscine municipale comme tous les ans, pas de mer, pas de rando, rien ! J'essayais de compenser pendant mes semaines.

Et puis, il y a eu un premier week-end, où il est parti, leur laissant croire qu'il faisait une rando au bord du canal sous l'orage, 4 jours d'angoisse pour les enfants. 

Et, la semaine dernière, un texto, il ne pouvait pas les garder pour le week-end, il avait un séminaire de travail, en plein mois d'août, lui qui travaille quand il lui tombe un oeil ! Et depuis, il promène les enfants de bobard en bobard, ceux-ci ne sont plus dupes, surtout depuis qu'ils savent que papa a une copine. Et que c'est avec elle qu'il est.

En fait, je crois que d'abord, j'ai été faramineusement blessée de savoir que lui avait refait sa vie avant moi. Blessée de me retrouver sur le carreau alors que c'est lui qui m'avait rejetée. Blessée de savoir que je ne parviens pas à retrouver un équilibre affectif. Je sais que c'est un vampire de l'amour qui se nourrit du sang émotionnel de ses proies et que donc, je ne pouvais pas croire qu'il allait consacrer sa vie à ses enfants. Je ne le souhaitais d'ailleurs pas, car cela aurait été à leur détriment. Mais le savoir casé m'atteint parce que c'est le signe que je me suis faite berner une nouvelle fois. J'ai crû à ses paroles quand il me disait que je lui faisais du mal, que je le mettais sur la paille, j'ai même failli lui donner de l'argent pour qu'il parte en vacances avec les enfants, je me suis ravisée dans un micro éclair de lucidité. Il préfère partir 15 jours avec une nana. Et leur faire croire qu'il dort n'importe où, les enfants ne sont plus dupes, le petit est comme libéré du poids de la culpabilité, son père ne peut plus jouer le malheureux et cela a eu un effet magique sur mon fils. Il n'est plus le même, on a l'impression qu'il s'est allégé de cette peur de vivre heureux. Il revit. Pour la Miss, le travail était déjà fait, elle part 4 jours en camp avec le centre aéré, chose qui n'aurait pas été possible avant. Et là, elle ne pleurera pas... Comprendre qui pourra...!

Je viens de vivre un choc que j'ai du mal à dépasser. D'un autre côté, je crois que cela a pour effet de démystifier totalement le personnage, de m'arracher définitivement à son destin et de m'attacher à mes enfants, sans lui, sans plus rien entre eux et moi. Je n'aurai jamais crû vivre une chose comme cela. Je ne suis en aucun cas jalouse de cette fille, je lui souhaite d'avoir la lucidité que je n'ai pas eu. 

Mais je suis blessée de ma naiveté déconcertante et je ne comprends pas pourquoi je suis à ce point malchanceuse dans ma vie amoureuse. Je ne supporte pas de me poser en victime, je suis une forte personnalité, je crois, et pourtant, avec les mecs, je suis nulle !