Mademoiselle la Déraison, 

Je suis particulièrement triste d'avoir à faire une mise au point avec vous, une nouvelle fois, je pensais que vous alliez, après notre dernière altercation, rester enfin définitivement chez vous et donc loin de moi et d'elle. Apparemment, vous semblez plus têtue que moi, je me vois donc dans l'obligation de m'entretenir de notre avenir, que vous souhaitez, à mon grand désespoir, commun. 

J'ai une difficulté évidente à envisager d'accepter votre présence qui n'est pas très loin du harcèlement le plus épuisant. Nous sommes vouées, par la nature, à finir nos jours côte à côte, en notre amie chez qui nous avons élu domicile. Il n'est pas inutile, étant donné votre inertie à prendre conscience de vos erreurs, de vous parler de moi et donc de vous. Nous sommes exactement l’antithèse l'une de l'autre. Je suis posée, sage, raisonnable autant que vous êtes impulsive, irréfléchie, impudique ; notre collaboration est donc totalement vide de sens puisque nous ne pouvons nous entendre sans qu'une ne pâtisse de la présence de l'autre. 
Pour l'instant, l'expérience nous montre que vous avez la partie gagnée. Vous avez eu sur notre amie, les effets les plus néfastes qui existent, au point qu'elle a fatalement oublié ma présence, plus encore vous l'avez poussée dans votre extrême perversité à me détester. Est-ce vraiment votre nature qui veut cela ? Je ne pense pas qu'il y ait de la place pour deux dans cet être qu'est notre propriétaire, qui ne demande qu'à vivre heureuse et en harmonie avec moi et non avec vous. Parce qu'il faut bien se l'avouer, je suis son avenir, seule capable de lui donner des conseils ingénieux qui la porteront vers un demain positif. 
Vous, vous n'êtes capable que de la déstructurer, de la pervertir pour mieux la détourner de la route de son idéal. Qu'y puis-je si la nature, à moins que ce ne soit un être qui dépasse toute raison, vous a doté de dons qui font les vertus des diablotins et autres individus fort peu recommandables. Notre amie a, grâce à mes efforts, une grande ambition quant à son avenir, elle sera, hélas, forcément déçue, car entre temps, vous ferez votre œuvre, dans mon dos, comme seul vous savez agir. 

Pour ma part, je n'aspire qu'à lui donner les moyens de parvenir à réaliser ses vieux rêves qui frôlent l'idéalisme. Vous prenez un malin plaisir, bien malgré vous, puisque c'est votre nature, à saper mon travail pour imposer vos vues. Certes, elle prend plaisir à vous suivre dans vos errements, vous prônez la simplicité, le bonheur immédiat sans vue à long terme. Pourtant, ce n'est pas vous qui la soutenez quand elle pleure parce qu'elle ne se reconnaît pas dans les horreurs qui vous lui inspirez. Etiez-vous là quand elle était inconsolable après que vous lui ayez susurré les chimères d'une vie à votre image ? Elle est accourue vers la légèreté, vers les plaisirs qui lui ont apporté une satisfaction trop passagère pour être épanouissante, vous étiez déjà retournée vous terrer dans l'attente d'un autre forfait à accomplir. Votre malhonnêteté n'a d'égale que votre sournoiserie. Vous agissez lorsque j'ai le dos tourné, plutôt vous attendez tapie dans mon ombre que notre amie ne supporte plus mon caractère tyrannique parce qu'exigeant pour partir lui conter fleurette sur vos chemins tortueux. Vous êtes la facilité incarnée, qui peut vous résister dans ce monde où les joies doivent être puissantes et immédiates ?

Je me refuse à la laisser se perdre dans vos bras, même s'ils peuvent s'avérer excitants par certains côtés que mon éthique m'interdit d'aborder. Je ne cherche pas à vous attendrir, en êtes-vous seulement capable, mais pensez à la détresse de notre amie lorsque ses erreurs, par vous inspirées, apparaissent en pleine lumière au sommet de sa conscience. Elle pleure, hurle, martyrise son ego qui en fait n'est pas le responsable, puisque vous seule devait en endosser la culpabilité. Vous fuyez vos victimes votre forfait accompli, oh ! Pardon, votre travail... à chacun son œuvre. 

Je ne peux nier que vos ayez des qualités de persuasion, pour preuve la réussite de vos entreprises, pourtant il est regrettable de voir semer le mal partout où vous passez. Je vous le demande, laissez notre amie commune en paix, cessez de la harceler. Je détiens la vérité, ayant fait le serment de servir cette noble cause et vous, vous ne pensez qu'à la bafouer, je vous hais car vous ne pensez qu'à vous. 
Elle doit devenir à mon image, je vous en conjure, sortez de sa vie. J'attends de voir se réaliser cette requête dans les faits, votre attitude sera votre premier témoignage d'un premier pas vers moi. Rachetez vous, vous en serez récompensée. 

Raisonnablement vôtre

Mademoiselle la Raison